Qu’est-ce qui se passe avec nos nouvelles ?

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La presse imprimée se fragilise de plus en plus. Trop précaires, certains médias survivent difficilement d’une subvention gouvernementale à l’autre et les initiatives locales se raréfient. C’est la crise des médias et on a tendance à pointer du doigt les géants du Web et les annonceurs.

Lors d’un dîner, quelques membres de l’équipe se sont penchés sur la question. Sans avoir la prétention de pouvoir révolutionner le monde entier, ça valait la peine d’y réfléchir. Voici, en résumé, les questions que nous nous sommes posées et les conclusions que nous avons tirées.

Avons-nous une responsabilité à avoir dans cette crise des médias traditionnels?

Si l’agence ne suggère pas souvent de placement dans des médias traditionnels, c’est rarement parce qu’elle est de mauvaise foi. Plusieurs facteurs sont déterminants dans ce manque de popularité de la presse imprimée. En voici quelques-uns.

L’offre traditionnelle n’est pas adaptée aux nouvelles exigences de notre métier. On pense tout de suite à la mesure et à l’optimisation. Deux éléments difficiles impossibles à implanter avec les médias imprimés. Notre publicité passe une fois, un samedi. On sait combien de copies ont été imprimées, distribuées, mais combien de personnes ont posé l’œil sur le logo de l’annonceur. Combien ont ouvert leur tablette pour aller sur le site Web afin d’avoir plus d’informations? Combien se sont déplacés pour aller en boutique?

Le placement numérique nous a habitués à beaucoup de données sur les utilisateurs. Les clients demandent des rapports et le média imprimé en fournit peu.

De plus, on veut maximiser le budget disponible en optimisant fréquemment les placements. Chose peu facile à faire une fois que la publicité est imprimée.

L’offre des médias numériques est souvent mieux adaptée aux besoins de l’annonceur qui veut rejoindre efficacement une audience très ciblée. Le contenu publicitaire peut être décliné de multiples façons et s’intégrer dans une stratégie qui s’applique à plusieurs plateformes; article de blogue, publicité, création de contenu, etc. Le modèle du Journal de Québec et de Montréal est un exemple frappant de cette adaptation.

Comment pourrions-nous assurer la pérennité de la nouvelle locale?

Il faudrait que la population recommence à lire le journal pour que les annonceurs y retournent.

Une bonne piste de solution pour les médias pourrait être de s’adapter à la cible et à ses besoins avant de s’adapter à l’annonceur. Charmer les lecteurs d’abord, attirer les annonceurs avec des audiences intéressantes ensuite. Évitons les raccourcis. Il s’agit d’un parcours qui nécessite plus de temps, mais qui pourrait stabiliser leur position à long terme.

En ce moment, ce sont les médias les plus nichés qui réussissent le mieux à relever ce défi. Les nouveaux modèles comme Rad, Vox, Vice et Urbania sont particulièrement inspirants et à surveiller dans ce domaine. D’autres exemples : les sites de nouvelles locales qui s’en tirent plutôt bien, tels que monquartier.com avec ses divisions monlimoilou.com, monsaintroch.com, etc. Ce sont des nouvelles microlocales, et ça fonctionne. Le contenu est aussi décliné sur plusieurs autres plateformes telles que sur Facebook et sur Twitter.

Ce qu’on retient :

  • Un format entièrement numérique.
  • Une cible très précise.
  • Un ton adapté à cette cible.
  • Un contenu décliné sur plusieurs plateformes.

Et l’arrivée des nouveaux joueurs comme Facebook News et Apple News?

Ce n’est rien pour nous enlever l’habitude de consommer l’information gratuitement, ou à un moindre coût malheureusement. Par contre, on se réjouit devant la volonté de mettre en place des initiatives pour que les journalistes (dans le cas de Facebook) et les médias (dans le cas d’Apple) soient payés pour leur contenu.

Finalement, est-ce que les bouleversements que subissent les médias imprimés sont une bonne chose?

L’avenir des médias imprimés reste incertain, mais on ose surtout croire que c’est le début d’un nouveau modèle pour la presse locale. Une tape dans le dos pour que les gens se renouvellent et innovent.

On a espoir que les journalistes continuent à produire des nouvelles, des reportages et des enquêtes de qualité, et ce de façon indépendante dans les grands centres comme en région. C’est l’occasion pour les journalistes de développer de nouveaux journaux et des projets innovants à saveur locale.

On ne vous cachera pas que la discussion a été animée, que les opinions étaient partagées. Même s’ils sont directement touchés, le débat ne touche pas seulement les médias imprimés, les annonceurs et les journalistes. Il concerne aussi les agences qui doivent questionner leur place et leur poids dans cette situation et les consommateurs de nouvelles qui devront eux aussi faire des choix parfois difficiles. La problématique est d’envergure ; on peut vous le dire, nous avons beaucoup plus discuté que mangé lors de ce fameux midi.